Un des défis de l’éducation réside dans le fait de réussir à communiquer avec ses enfants tout en se faisant respecter. Ce travail d’équilibriste demande à chaque parent d’être pleinement conscient de sa façon de se relier par l’intention, le geste et la parole à son enfant. Rien n’est figé puisque chaque personne a son caractère. Ce sera à nous de nous adapter à la personnalité de notre enfant. Ce dernier grandissant, ce sera également à nous de nous adapter à ses besoins et à sa façon de communiquer propres à son âge.

1ère clé : Soyons compréhensifs envers nos enfants et envers nous-même.

Les enfants sont remplis d’énergie. Ils sont enthousiastes, créatifs, spontanés, bouillonnants, bruyants et parfois aussi énervés. C’est normal, même si cela nous paraît pénible voire fatiguant. A nous de les aider à canaliser ce flux d’énergie débordante. Comment ? En évitant de leur dire : “Tu es pénible !”/ “Tu me fatigues”. Et en leur proposant de sortir marcher, courir, faire du vélo, de la trottinette, du roller, d’aller au parc. A nous de choisir une activité qui corresponde à leur âge et à leurs goûts. Soyons créatifs et imaginatifs. Nous pouvons cuisiner ensemble, tricoter, jouer, chanter des chansons, peindre, méditer, faire du yoga, l’emmener nager ou jouer au foot.

Si malgré tous ces efforts pour canaliser son énergie, il continue son “cirque” et que nous nous sentons poussé(e)s à bout, dites-lui : “Je suis fatigué(e)” ; “Je suis énervé(e). Et toi comment te sens-tu ? ”. Leur parler, ouvrir le dialogue sur ce que chacun ressent va nous permettre d’exprimer nos besoins respectifs (de calme, de défoulement, etc.) et de délimiter la frontière entre leurs émotions et les nôtres.

2ème clé : Attention à ces mots qui sortent tout seul sous le coup de la colère.

« L’évolution a doté nos cerveaux de l’aptitude à rapidement télécharger en mémoire une quantité inimaginable de comportements et de croyances. (…) la clé pour bien saisir ce rapide téléchargement d’information réside dans l’activité électrique du cerveau, telle qu’on la mesure par électroencéphalogramme (EEC). (…) les chercheurs ont remarqué que l’activité cérébrale chez les enfants indique une prédominance d’un type d’ondes spécifiques et ce à chaque stade de développement. (…)

Entre la naissance et l’âge de 2 ans le cerveau fonctionne en basses fréquences, appelées ondes delta. (…) Entre 2 et 6 ans un enfant commence à passer davantage de temps en activité cérébrale plus élevée, soit en ondes thêta. (…) les enfants, dont le cerveau fonctionne surtout dans ces fréquences jusqu’à l’âge de 6 ans, peuvent acquérir le grand volume d’informations nécessaires à leur survie. (..)

Etant donné la précision de ce système d’enregistrement du comportement, imaginez les conséquences d’entendre vos parents vous dire : « tu es un enfant stupide », « tu ne le mérites pas », « tu n’arriveras à rien », « tu n’aurais pas dû naître », « tu es un faible ». (…) ces commentaires sont téléchargés dans la mémoire subconsciente de l’enfant en tant que « faits absolus », aussi assurément que les bits se téléchargent dans le disque dur de votre ordinateur. (…) Une fois programmés dans le subconscient, ils contrôlent notre biologie durant notre vie entière… à moins que nous trouvions un moyen de les reprogrammer. »

Extrait du livre du Dr Bruce Lipton -biologiste cellulaire, enseignant à l’école de médecine de l’Université du Wisconsin- intitulé « Biologie des croyances » aux éditions Ariane (2016).

3ème clé : Formulons des critiques sur ce qu’il fait, par sur ce qu’il “est”.

Soyons vigilants avec l’emploi du “tu ” : “Tu es nul(le) !”/ “Tu es bête !”/ “Tu es incapable de… !”/ “Tu ne comprends rien !” Ces phrases sont perçues, traitées par son cerveau comme des suggestions. Répétées encore et encore, elles constituent un système de croyances, qui peuvent faire dire à certains enfants une fois devenus adultes : “Je suis nul(le).”/ “Je ne suis pas intelligent.”/ “Je n’ai pas de valeur.” Comment éviter cet écueil ? Avec quelques efforts de formulations : en prenant le temps de penser nos mots et leur impact. Au lieu d’un “Tu devrais avoir honte de me ramener une note pareille”, peut-être un “Cette note est en dessous de la moyenne, comment l’expliques-tu ?”.

Avec un ado, attention aux remarques sur leur physique, même si c’est une bonne intention qui nous anime. Au lieu d’un “Tu sens la transpiration !”, peut-être un “As-tu pensé à mettre du déo ?”. Mieux vaut évoquer la solution que souligner le problème : “Regarde, j’ai trouvé ces produits spécifiques pour ta routine de soin du visage.” ; “On m’a donné les coordonnées d’un bon dermato, d’un bon nutritionniste.”. Sans insister davantage, sans allusions trop précises sur leur corps.

4ème clé : Formulons des compliments justes et précis.

Grâce aux travaux du Docteur Thomas Berry Brazelton -pédiatre, qui a établi en 1973 l’échelle Brazelton, permettant d’évaluer le comportement néonatal-, nous savons tous maintenant que “le bébé est une personne”. En tant que personne, l’enfant a besoin d’entendre des mots positifs, des encouragements, des compliments. Oublions-les : “Tu es le/la meilleur(e)!”, pas assez précis, trop vague. Et soulignons leurs talents particuliers, leurs qualités spécifiques, réelles. “Bravo pour ton dessin de poésie : ton ciel est très réussi !” En revanche ça ne sert à rien de lui dire que son dessin est magnifique si vous ne le pensez pas vraiment et que vous lui dites ça juste pour lui faire plaisir. Car il suffirait qu’un autre camarade de classe fasse un dessin “magnifique” pour que lui trouve le sien nul et qu’il pense que vous lui avez menti.

5ème clé : Explorons la voie du gagnant-gagnant.

Sans tomber dans les pièges du chantage affectif, de la culpabilisation et des menaces, à nous de trouver un terrain d’entente. Ce chemin est tout particulièrement adapté aux adolescents, qui auront besoin d’un cadre qui fait sens pour accepter les règles et les contraintes imposées par la vie de famille. A nous d’imaginer des propositions du style : “soit tu ranges ta chambre et tu auras du temps pour sortir avec tes copains, soit tu seras obligé de rester à la maison pour le faire.

 

 

Comme le souligne le Dr Bruce Lipton : « les gènes des enfants ne reflètent que leur potentiel, non leur destin. C’est à vous de leur procurer un milieu de vie qui leur permettra d’actualiser leur plein potentiel. ». Alors vous comprendrez que communiquer avec nos enfants, c’est aussi se rendre vraiment disponible -en lâchant nos smartphones par exemple-, c’est poser un regard bienveillant sur eux, en les observant dans toutes les dimensions de leur être, comme des personnes uniques, spécifiques et différentes de nous. Communiquer, c’est aller au-delà de « se parler », c’est aussi se regarder vraiment, être présent, et se toucher affectueusement. Car les enfants ont aussi besoin qu’on leur donne de l’amour et de l’attention par des contacts physiques et des gestes d’affection (cf. * et **).

*Etude menée sur les orphelinats roumains par Mary Carlson -neurobiologiste de l’école de médecine de Harvard- in Holden, C. « Child Development : Small Refugees Suffer the Effects of Early Neglect », Science 274(5290), 1996, p.1076-1077. ;

**Myriam David -pédopsychiatre- et Geneviève Appell -psychologue- auteurs de « Loczy ou le maternage insolite » aux éditions Eres (réédition 2006).

Pour aller plus loin, vous pouvez lire :

• “Lettre à un jeune parent, ce que mon métier de pédiatre et les neurosciences affectives m’ont appris” du Dr Catherine Gueguen aux éditions Les Arènes (septembre 2020);

• “Dites pas ci, dites cela, toutes les expressions à adopter pour une éducation positive” du Dr Gilles-Marie Valet -pédopsychiatre- aux éditions Hugo Document (septembre 2020).

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