La peau est « un organe à part ». Bien souvent, elle parle à notre place. Si la peur a tendance à nous faire pâlir, la gêne, elle, nous fera rougir. Comment expliquer ce lien étroit entre notre peau et les émotions que nous ressentons ? C’est la science, via l’embryologie -discipline scientifique qui se consacre à l’étude du développement de l’embryon- qui met en évidence ce lien. Durant les premières semaines de gestation, les cellules qui constitueront la peau et le système nerveux ne sont qu’une seule et même entité,

« Le cerveau et la peau partagent des origines embryonnaires. Ils sont plus semblables que différents ! » nous dit le Dr Claudia Aguirre*, neuroscientifique basée à Los Angeles et spécialiste de la connexion « Corps-Esprit ».

 

1. Si on écoutait sa peau ?

Le Professeur Laurent Misery** – chef du Service de dermatologie du CHU de Brest et directeur du laboratoire de neurosciences de l’Université de Bretagne occidentale – souligne que « nos perceptions cutanées sont aussi fines que les perceptions visuelles. C’est pourquoi il y a un très grand nombre de terminaisons nerveuses dans la peau qui transmettent beaucoup d’informations au cerveau. Mais cette communication circule également dans l’autre sens : c’est ainsi que le système nerveux tient au courant la peau de notre état de stress ». On pourrait simplifier en disant que le corps exprime à l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur.

2. Quels liens entre la peau et le cerveau ?

Un stress, une émotion, … le système nerveux va traduire cette information en langage biochimique, via les neuromédiateurs. Ceux-ci agissent alors sur la peau et peuvent induire (ou guérir) une maladie cutanée. Mais nous ne sommes qu’au début des découvertes sur ces liens entre peau et cerveau. Les recherches sont regroupées dans la neuro-endocrino-psychodermatologie. Des travaux récents viennent de montrer les effets du parfum sur l’immunité de la peau. En effet, une réaction allergique cutanée a pu être régulée grâce à la simple inhalation d’une fragrance. Le Pr L. Misery** ajoute : « il semble que les neuromédiateurs – ces messagers chimiques circulant entre peau et système nerveux – peuvent exercer une influence tant sur l’épaisseur des tissus que sur la fabrication du collagène et du sébum ou sur sa réponse immunitaire ».

3. Et le stress dans tout ça ?

La peau constituerait un indicateur de notre santé, aussi bien sur le plan physique (biologique, physiologique, métabolique) que sur le plan psychique. Ces mécanismes biologiques et psychologiques indissociables peuvent être responsables de pathologies cutanées invalidantes allant de quelques boutons disgracieux et parfois douloureux, à de l’urticaire, voire de l’acné rosacée. Selon la dermatologue Nadine Pomarède* : « L’anxiété peut être un amplificateur de certaines maladies, notamment immunitaires, et induire des poussées. C’est le cas de l’eczéma, de l’acné ou du psoriasis. ». Le professeur L. Misery* ajoute que : « aucune maladie cutanée n’est à proprement parler due au stress. En revanche celui-ci aggrave l’hyperactivation du système nerveux cutané, comme s’il cherchait à défendre la peau contre… rien en fait. ».

4. Si on commençait par réduire son stress ?

Selon Jon Kabat-Zinn, professeur de médecine à l’université du Massachusetts et docteur en biologie moléculaire – fondateur de la méditation de pleine conscience appelée méthode M.B.S.R. (Mindfull Based Stress Reduction) – l’une des clés pour lutter efficacement contre l’anxiété serait de ne plus chercher à la refouler. Être à l’écoute de ses angoisses, ne pas les ignorer, ni les amplifier, mais les accueillir avec bienveillance serait déjà un pas vers la guérison.

Parmi les bienfaits de la méditation de pleine conscience, une étude clinique a permis de trouver que cette pratique facilitait la guérison chez les patients atteints de psoriasis. « Avec le Dr Jeff Bernhard, chef du service de dermatologie à l’université du Massachusetts, nous avons formé deux groupes de patients. Pendant les séances de photothérapie par UV, l’un faisait des exercices de méditation, l’autre non. Les patients qui méditaient guérissaient quatre fois plus vite. » [Extrait de l’article « La méditation est une façon d’être, son essence est universelle » paru sur le site du journal Le Monde : lemonde.fr en 2012].

5. Si on pratiquait l’autohypnose ?

L’ethnologue et hypnothérapeute Muriel Altmann*** nous propose dans son livre de partir à la découverte de son profil psycho-affectif parmi les sept profils types qu’elle a créés :

• La « peau armure »,

• La « peau parchemin »,

• La « peau miroir »,

• La « peau cocon »,

• La « peau révélatrice »,

• La « peau énergétique »,

• La « peau précieuse ».

« Les séances d’autohypnose instaurent un relationnel et un dialogue avec la peau dans une dimension esthétique de bien-être sensoriel, de confort et de réconfort. Elles établissent parallèlement un échange plus profond avec l’inconscient. » explique M. Altmann.

6. Et l’hypnothérapie ?

L’hypnose va permettre de changer les états internes, de modifier les perceptions émotionnelles, qui étaient la source de l’activation des dysfonctionnements de la peau.

Est-ce que l’hypnothérapie est efficace ? Voici un témoignage extrait du livre du Pr L. Misery** (p 217-218) : « Greta a une urticaire chronique. (…) elle a remarqué que les poussées d’urticaire apparaissent lorsqu’elle est stressée (…). Lassée de l’efficacité relative des traitements médicamenteux, elle a entendu dire que l’hypnose peut être efficace. Elle rencontre alors un hypnothérapeute. (…) l’urticaire s’est progressivement atténuée pour finalement disparaître en 18 mois. ».

Dans mon expérience de praticienne en hypnose, j’ai rencontré des personnes qui venaient consulter pour être aidées à « vivre avec », ou à résoudre leurs problèmes de peau (psoriasis, démangeaisons, eczéma, etc.).

J’ai remarqué qu’il était difficile de travailler en hypnose conversationnelle sur l’origine des troubles, notamment sur le plan émotionnel comme s’il s’agissait de non-dits, voire d’émotions tues.

Ce que confirme le Pr L. Misery** dans son ouvrage (p 197) : « Lorsqu’un patient utilise son corps pour extérioriser une souffrance que la psyché n’a pu contenir, c’est qu’il n’a trouvé que cette solution (…). En effet si le patient, toujours inconsciemment bien sûr, utilise son corps pour montrer quelque chose, cela indique que cette façon de procéder est importante et a un sens. ».

La clé de la réussite de l’hypnothérapie réside dans le fait que l’inconscient s’exprime par le média de la peau, et que l’hypnose est un moyen de communication avec l’inconscient.

 

Pour le Dr Danièle Pomey-Rey**** – dermatologue, psychiatre et psychanalyste à l’hôpital Saint-Louis à Paris et auteur de « La peau et ses états d’âme » aux éditions HACHETTE (1999) – : « 80% des maladies de peau ont une origine psychologique. Celui qui en est atteint est quelqu’un qui a beaucoup de choses à dire, mais qui n’y parvient pas. Il parle alors avec sa peau. ». Ainsi on pourrait dire que notre peau possède son propre langage, qui se charge d’exprimer tous les non-dits de notre existence !

Il y a des similitudes entre l’hypnose et la peau. Celle-ci est le siège des émotions, du sensoriel, du nerveux, de l’affect et l’hypnose agit précisément sur l’émotionnel, le sensoriel, le nerveux et l’affect. En ce sens l’hypnose constitue « une porte de sortie », une nouvelle voie d’expression, autre que celle qui produisait les problèmes de peau.

*Extrait d’un article paru dans le magazine ELLE n°3924 du 5 mars 2021 intitulé « Allo, la peau ? ».

**Auteur de « Votre peau a des choses à vous dire » paru aux éditions LAROUSSE (2019) [chapitre 6 : soigner la peau pour sauver sa peau / Les pratiques psycho-corporelles / L’hypnose].

***« Bien dans sa peau / Prendre soin de sa peau et de soi par autohypnose » de M. Altmann aux éditions PAYOT (2014).

**** « La peau, mémoire de nos émotions » dans Psychologie.com (article de Odile Chabrillac – 2017).

 

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